Axe 1 : Terrains, méthodes, épistémologie en anthropologie

Chercheurs responsables : Véronique Antomarchi, Serena Bindi, Elise Capredon, Octave Debary, Erwan Dianteill, Marie-Luce Gelard, Malika Gouirir.

Depuis sa création, le laboratoire développe une interrogation sur les conditions d’exercice du métier d’anthropologue, sur les attendus épistémologiques, sur les catégories fondamentales et sur les conséquences éthiques de la discipline. Il s’agit pour nous d’approfondir ces questions épistémologiques et méthodologiques pour interroger les frontières de l’anthropologie. Ce questionnement est fondateur de notre discipline comme de notre laboratoire. Il vise à la fois à penser ce qui constitue les singularités de la discipline et de la démarche anthropologique mais aussi les apports et les limites de cette science de la culture et de la société : où se situe la spécificité de ses objets et de ses approches ? Comment peut-elle contribuer au dialogue interdisciplinaire ? Le principe fondateur de son identité, le « terrain », est désormais pensé au prisme de l’enquête en tant que relation : quelles pratiques du terrain et quel rapport entre enquêteur et enquêtés ? Qu’est-ce que « faire science » en anthropologie quand les injonctions institutionnelles, les relations contractuelles et la reconnaissance sociale de la discipline mettent à l’épreuve ce qui la définissait classiquement ?

Un premier ensemble de questionnements concerne la notion d’altérité, ses reconfigurations contemporaines et le type de réflexivité qu’elles imposent dans la conduite de l’enquête. Cette réflexion est d’actualité dans la mesure où nombre de terrains menés par les chercheurs du Canthel s’accompagnent du déploiement de revendications et d’assignations identitaires qui mettent en avant des singularités culturelles souvent essentialisées. Si la notion de culture relève d’une dynamique historique toujours relative, la question des reconfigurations identitaires et des usages de l’histoire sont des objets privilégiés pour nous. Une attention particulière est ainsi portée à la notion de « régime d’historicité » en tant que modèle culturel de rapports au temps afin de comprendre comment il mobilise un travail mémoriel qui relève d’une économie du passé dans le présent que nous cherchons à analyser.

Un second ensemble porte sur la relation d’enquête. Le contexte contemporain obligel’anthropologue à négocier sa place, ses objets d’enquête, ses modalités de réalisation, de restitution. Nous nous intéressons aux actualités d’une discipline qui semble faire de deux thématiques sociales des préalables aux conditions de possibilité d’exercice et d’énonciation de notre métier : la question de l’anthropocène et celle du postcolonialisme. En quoi les questions d’environnement et d’écologie tendent-elles à prévaloir, voire à se substituer à celles anciennes des relations sociales ou de classes jusqu’alors objets privilégiés des sciences sociales ? De même, les questions posées par la situation postcoloniale tendent à réduire et redéfinir celles des rapports de domination dorénavant recentrés autour de la légitimité des paroles des informateurs au dépens de celles de l’anthropologue. De ce point de vue, nous nous intéresserons aux défis d’une anthropologie dialogique et partagée.

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